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Au dessus de la ville

Au-dessus de la ville, de Guillaume Perrin (2018)

Quand on vous dit « cinéma », des images vous viennent sûrement vite en tête, accompagnées de sensations qu’elles ont pu vous procurer, que ce soit les frissons devant Psychose ou les larmes qui vous sont montées aux yeux devant Elephant Man. Mais il y a aussi des films plus amateurs, que vous pourriez voir par hasard ou parce-que c’est l’un de vos amis qui est à l’origine de leur création… Et puisque le projet qu’est la revue Caméléon a l’avantage pour nous, qui le développons, de nous donner l’opportunité de parler cinéma comme nous souhaitons chacun l’aborder, c’est d’un de ces films très peu visible puisque réalisé par un étudiant que j’ai décidé de parler. Il est en effet de ceux qui ne m’ont pas laissé indifférente, de la même façon que des films plus célèbres ont maintes fois pu le faire.

Au-dessus de la ville est le court-métrage de fin d’études de Guillaume Perrin.

En voici le résumé : un jeune homme prend des photos dans l’espoir de retrouver dans une foule de visages celui de sa sœur qui est parti un beau jour sans laisser de trace. Un soir dans un bar, le visage d’une jeune femme la lui rappelle. Amusée par ce photographe pas vraiment à l’aise, elle l’entraîne dans un jeu enfantin qui consiste à retrouver la sœur de celui-ci, leur permettant de faussement se découvrir, jusqu’au bout de la nuit, s’invitant dans des soirées, errant dans les rues, jusqu’à se retrouver chez elle.

La simplicité et la sincérité des deux personnages nous glissent dans l’intimité d’une rencontre. On se laisse prendre par l’enthousiasme de la jeune femme surnommée « Charlotte » dans cette virée nocturne, un peu intimidés peut-être, comme l’est le jeune homme qu’elle surnomme « Gustave ». Nous sommes intimidés aussi car nous observons une situation qui fait que le jeune homme n’est déjà lui-même pas très à l’aise.

Le premier plan définit déjà les enjeux du personnage principal : perdre puis retrouver. Il s’agit d’un plan séquence, où l’objet de son regard, Charlotte, disparaît tout à coup. C’est un plan qui me rappelle la scène de rencontre dans Carol de Todd Haynes. L’objet du regard qui deviendra aussi l’objet du désir. Mais dans Au-dessus de la ville, la nature de la relation entre les deux personnages est imprécise et le restera. Il s’agit bien d’une rencontre et non pas d’une romance. Il s’agit même simplement du récit d’une nuit qui par hasard, grâce à la personnalité fougueuse de l’un deux, deviendra une aventure. En s’obstinant à chercher un être perdu (sa sœur), Gustave passait à côté de nouvelles rencontres et de l’instant présent. Charlotte sera la délivrance de cette obsession pour ce (celle) qui est parti(e).

Pour ajouter une note plus personnelle à ce texte, désormais lorsque j’écoute le morceau « Between the bars » d’Elliott Smith, « Drink up baby, stay up all night… » (Bois bébé, reste éveillée toute la nuit…) j’ai les images de ce film en tête. La chanson originale a un côté plus tragique avec sa métaphore amoureuse sur l’alcoolisme, mais cette nuit que vivent les personnages d’Au-desssus de la ville dans un élan d’adrénaline qui peut rappeler à certains nos propres soirées de jeunesse un peu enivrées, en plein hiver réchauffés par l’alcool et les rires.

Guillaume Perrin se réapproprie la figure du photographe pour en faire un être pleins de doutes, loin de l’Artiste sur son piédestal comme souvent représenté au cinéma et qui paraît si loin de nous. Sans oublier que le photographe est un artiste, et qu’ainsi le réalisateur raconte sans doute beaucoup de lui-même.

Au-dessus de la ville est un court-métrage d’une douceur réconfortante, autant du fait de sa réalisation colorée et chaleureuse que par son scénario simple mais délicat. La complicité entre les acteurs principaux se ressent fortement. Tant d’éléments qui font que j’ai été touchée et marquée par ce film.

A.P

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