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La femme fatale : l’archétype qui ment

Sous une pluie diluvienne, un homme porte à sa bouche une cigarette qui peine à rester allumée. Malgré les tapements de l’eau contre le bitume froid, il entend distinctement une paire de talon claquer le sol, frapper la terre comme si le déluge commençait vraiment avec son arrivée à elle : la femme fatale.

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Sens 1 — Femme fatale désigne une femme qui attire et séduit les hommes, mais qui s’avère dangereuse pour ceux d’entre eux qui se laissent prendre à ses filets.

Sur le grand écran, les femmes fatales brisent le cœur des détectives mélancoliques et sombres des films noirs. Elles sont séduisantes, indépendantes et dangereuses — aussi intelligentes que le diable, et plus belles encore. Généralement sans pitié et conscientes de leurs capacités, les femmes fatales utilisent leur féminité ainsi qu’une sexualité décomplexée afin de piéger les pauvres hommes tombés sur leur chemin.

Si l’on peut se réjouir d’avoir des représentations de femmes émancipées (ou bien même des femmes dans des rôles « méchants »), l’archétype ne se soustrait pas forcément au patriarcat dont il semble à priori se détacher.

En effet, les femmes fatales ont trouvé terrain de jeu dans les Films Noirs durant la moitié du XXème siècle. Devenu une caractéristique principale du genre, l’archétype s’épanouit cependant durant une période de crise sociale : la grande répression d’après-guerre ne laisse pas de places aux femmes qui, pourtant, avaient goûté à une certaine liberté pendant la guerre. Désormais forcée à retourner à leurs rôles maritaux, de grandes questions sur les droits des femmes commencent à émerger — coup dur pour le patriarcat !

La figure de la femme fatale n’est donc pas entièrement née de mains bienveillantes : cette « mauvaise féminité » qu’incarnent ces femmes au grand écran vise à décrédibiliser les luttes féministes naissantes. Ce que l’on veut montrer derrière les intrigues sombres, les détectives désabusés et les succubes, c’est que lorsque les femmes ne désirent pas s’épanouir au sein d’un foyer et qu’elles ont une sexualité assumée, elles deviennent des sorcières, des folles qui détruisent tout sur leur passage. Elles sont sans-cœur, égoïstes et putrides.

Les femmes peuvent donc tromper et acquérir du pouvoir, un contrôle sur les hommes — mais à quel prix ? Sûrement celui du chaos, car dès lors que l’on place une femme fatale dans un film, celui-ci adopte des décors pluvieux et sombres, des ruelles délabrées, une société pessimiste et corrompue : ces femmes, aguicheuses et mortelles, ne semblent pouvoir prospérer en dehors de ce milieu malsain qui leur est rattaché (au contraire des « bonnes femmes » qui peuvent évoluer dans notre société bien plus agréable, bien-sûr).

Cette idée de la femme comme origine d’une chute (du héros, toujours masculin, d’ailleurs), d’une fracture n’est cependant pas nouvelle. L’archétype n’a rien inventé : il suffit de remonter au récit d’Adam et Eve afin de comprendre la fondation même de ce mythe.

Depuis toujours, les récits — narrés, filmés, s’accommodent à la société de l’époque, réagissent et laissent une trace des événements politiques et sociaux de leur temps.

Aujourd’hui, la femme fatale peut être vue comme une figure féministe de par son affranchissement aux normes sociales, son indépendance. Pourtant, elle dépend toujours d’un personnage principal masculin – sans qui elle n’aurait pas d’existence propre : on ne dépeint jamais une femme fatale dans son quotidien, elle est toujours une occurrence, un problème ou un imprévu sur la route d’un homme…

Même dans un cadre plus « moderne », l’archétype est tangent. Dans Basic Instinct, Sharon Stones incarne une écrivaine meurtrière et sensuelle, et que tout le monde reconnaît grâce à la scène culte du film (et qui la suivra jusqu’à maintenant) : lorsqu’elle croise et décroise les jambes… et ne porte aucun sous-vêtement sous sa robe. La scène – bien entendu – gardée pour le montage final n’avait, en réalité, pas été approuvée par Sharon Stones.

Les femmes fatales semblent donc avoir tout le loisir de détester les hommes et les martyriser à l’écran… du moment que ceux derrière la caméra l’acceptent.

Écrit par Vy Lê

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