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Love death and robots

https://www.youtube.com/watch?v=7kQsA-jAJck

Love Death and robots est une série d’animation américaine produite par David Fincher, Jennifer Miller, Joshua Donen et Tim Miller.

Il s’agit d’une série d’anthologie c’est-à-dire une série où les épisodes sont indépendants autant esthétiquement qu’au niveau du scenario, mais qui, toutefois, restent reliés par un des thèmes éponymes de la série : l’amour, la mort et les robots. La série est composée d’une saison de 18 épisodes dont le premier est diffusé pour la première fois sur Netflix le 15 mars 2019. Chaque épisode est le résultat du travail d’une équipe d’animation différente, leur autonomie met en avant une variété de sujets et de pâtes graphiques : passant de l’image de synthèse au traditionnel 2D, des couleurs saturées au sombre clair/obscur, d’une illusion du réel à un trait schématique. La série est soumise à la recommandation « 18 ans et plus » (ce qui reste hautement compréhensible vu le contenu de certains épisodes) ; par cette contrainte, elle relève ainsi le défi de rompre avec l’imaginaire commun qui restreint l’animation à l’enfance.

En effet, ici la série n’hésite pas à aborder ses trois thèmes éponymes, Le premier « love » dont l’expression la plus souvent utilisée par les épisodes est le sexe. L’animation nous donne à voir des scènes d’actes charnels, de nu donnant la vision d’un corps de toutes formes, couleurs, genres sans pour autant rendre la scène vulgaire ou trash. Au contraire on reste en admiration devant l’esthétique (ex : épisode 2 : Le témoin) et on peut regarder sans détourner les yeux : un corps entier est dévoilé sans aucun artifice autre que celui du trait qui le compose. Ce qui entre en contradiction avec les scènes habituelles de prises de vue réelle qui pour garder la sensualité de l’instant ont tendance à fragmenter le corps, le masquer. L’acte est souvent suggéré ou s’il est dévoilé cela n’est que succinctement. C’est par la technique même de l’animation que ce visible est rendu possible : malgré des scènes au réalisme le plus poussé (ex : épisode 7 : Derrière la faille) notre réflexe primaire est de prendre du recul face au procédé graphique, les créateurs se jouent de cette distance pour pouvoir nous montrer de façon réaliste le plus charnel des actes mais aussi le plus terrible : « Death ».

Le second thème est omniprésent dans tous les épisodes et encore une fois l’animation joue de son visuel pour nous montrer le plus « gore ». Avec des scènes à en faire pâlir les plus sensibles (épisode 10 : Métamorphe) dévoilant un gore extrême mais qui reste visible seulement grâce au médium de l’animation : aucun détournement de caméra n’est possible, en animation tout se dessine même le pire. Et même si la diffusion de sang peut être excessive (épisode 5 : Un vieux démon), elle ne fait, ici, qu’accroître l’horreur. Alors que dans une prise de vue réelle ce manque de réalisme rendrait la scène parodique voire ridicule. L’animation permet de rendre ces horreurs visibles et d’accroître le réalisme en transcendant notre conception de l’horreur.

Enfin les « robots » : beaucoup d’épisodes comprennent des robots et d’autres espèces non humaines que nous qualifierons par défauts d’aliens. Tout l’univers SF se place dans ces archétypes, et nous renvoie, par un principe d’analogie, à la condition du genre humain, nous poussant à une réflexion sur l’existence même de l’humanité mais surtout à son évolution prochaine. L’animation n’est restreinte que par l’imagination, ce qui fait que des robots et aliens de toutes apparences prennent forme sous nos yeux (épisode 2 : Les trois robots). Chaque épisode développe sa propre histoire face à ces thèmes, la plupart sont extrêmement bien travaillés et ne peuvent laisser le spectateur indifférent, provoquant : rire, stupéfaction, réflexion, mélancolie. Toutes ces émotions naissent dans un délai de 7 à 15 min (durée moyenne d’un épisode) et là est toute la beauté de l’animation : ces seules minutes suffisent à nous transporter dans un univers totalement différent de notre quotidien.

Pour finir, une des plus belles capacités de l’animation est de rendre visible le réel, bien plus que ne le fait une simple prise de vue réelle, cette notion arrive à son paroxysme dans l’épisode 11: le coup de main !alerte spoil! une astronaute pour survivre doit s’arracher le bras… !Fin! et c’est littéralement ce que voit le spectateur, dans toute sa douleur et sa matérialité même. Cette scène ne peut être visible que par l’animation, aucun fond vert, aucun maquillage ne peut rendre cette scène plus réaliste que celle qui nous est présentée. La réalité dans ce qu’elle a de plus pure, de plus physique ne devient ici visible que par l’illusion de l’animation.

Parallèlement, l’animation permet aussi de rendre crédible des sujets en apparence absurdes, comme dans l’épisode : La revanche du yaourt !alerte spoil! où suite à une expérience, un yaourt prend le contrôle du monde. Aucun film, en prise de vue réelle ne peut être reçu sérieusement, par le spectateur, en mettant en scène un yaourt président. Afin d’y parvenir, l’animation, se détourne du réel et se sert de son côté stylisé, schématique pour rendre plausible cette histoire de prime à bord loufoque. Voir un yaourt parler est alors intégré dans l’univers visuel. !Fin!

Même si tous les épisodes ne se valent pas, la série, dans son ensemble, permet avant tout de montrer l’évolution des techniques d’animation, en montrant un panel important d’esthétiques différentes, de sortir du code du « personnage animé » donné par les grands studios tel que Disney. La série permet de redresser l’animation dans l’imaginaire commun, de montrer que cette technique peu aborder autant l’humour que des sujets plus lourds mais surtout d’en finir avec le stéréotype du « les dessins animés sont pour les enfants ».

Notes :

Certains comparerons certainement la série à Black Mirror (pour le côté série d’anthologie et l’univers) mais ne l’ayant pas vue, je ne peux me prononcer à ce sujet. Libre à vous de vous faire votre avis, les épisodes allant en moyenne de 7 à 15 min il ne vous coûte rien d’en tester un ! Afin de vous inspirer voici mon top 5 :

épisode 2 : Les trois robots

épisode 3 : Le témoin

épisode 12 : Les esprits de la nuits

épisode 11 : Le coup de main

épisode 17 : Histoires alternatives

GEA-BINET Fanny

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