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Mustang

Quelque part au fond de la Turquie, cinq sœurs sont élevées par leur grand-mère et leur oncle après la mort de leurs parents.

Le visage étincelants et le sourire aux lèvres elles sont jeunes et pleine d’énergie. Sur le chemin les menant à leur maison, le soleil jonche leurs pas et l’air marin emporte leurs longs cheveux. L’année scolaire touche à sa fin, et dans un élan d’enthousiasme elles se font embarqués par des camarades dans des jeux innocents où ils s’amusent à se pousser à l’eau. Les filles montent sur les épaules des garçons et les rires retentissent. Seulement le village est petit et les bruits y courent très vite. Une voisine les dénonce et les accuse d’indécence. Alors leur maison va peu à peu se transformer en prison, les barreaux ornent désormais les fenêtres, les téléphones, les ordinateurs, même l’école devient interdit et cela au profit d’une éducation beaucoup plus traditionaliste.

La réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven nous propose ici une œuvre poignante où l’on retient son souffle du début à la fin. Le tout marqué d’une critique cinglante du patriarcat et de la condition des femmes en Turquie. Cette maison de campagnes qui baignait dans le soleil va se transformer en manoir sinistre dont elles ne peuvent s’échapper. Les cours de cuisine et ménage vont remplacer les mathématiques et la littérature, car le but est de faire de ces cinq sœurs de parfaite femme à marier. Car c’est bien de cela dont il s’agit ici, les hommes défilent dans la maison, la grand-mère et l’oncle sont bien déterminés à marier chacune des filles, de l’aîné à la cadette. Ce film pointe du doigt le conditionnement des femmes, les à priori sur leur corps, il dénonce le viol, les violences, le mariage forcé, les stéréotypes de genres et bien d’autre chose encore. Mais le tout est saupoudré d’un ton d’espoir, incarné par la plus jeune des sœurs qui va se battre corps et âme pour échapper à son sort.

Ce qui est véritablement beau dans ce film c’est la révolte qu’on peut lire au fond des yeux de chacune, et leur solidarité inébranlable. Elles se couchent sous les fenêtres, là où le soleil pénètre encore dans la maison. Leurs cheveux se mêlent, leurs jambes se confondent pour ne former plus qu’un. Avec cet hymne à l’insoumission Deniz Gamze Ergüven nous raconte son histoire, celle d’une femme libre qui n’a pas peur de se rebeller contre un système oppressant et contre les dictâtes d’une société profondément sexiste.

Par Camille Tosca

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